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Kegel et érection : ce que disent les études

Un essai randomisé souvent cité, deux revues, des résultats encourageants et des limites réelles. Voici comment lire ces travaux sans en attendre plus qu'ils ne disent.

Par la rédaction Méthode PC7Publié le 15 octobre 20266 min de lecture5 sources
Exercices de Kegel et érection : ce que disent vraiment les études
Illustration : Méthode PC7
L'essentiel
  • Oui, il existe des preuves que l'entraînement du plancher pelvien peut améliorer la fonction érectile chez certains hommes, mais elles reposent sur peu d'études.
  • L'essai de référence (Dorey, 2004) portait sur 55 hommes, avec un kinésithérapeute, du biofeedback et des conseils d'hygiène de vie.
  • La revue systématique de 2019 juge les essais disponibles de qualité faible à modérée et ne trouve pas de protocole optimal.
  • Un quart des hommes de l'essai de Dorey n'a pas progressé : les résultats varient d'une personne à l'autre.
  • Un trouble de l'érection mérite un avis médical, ne serait-ce que pour en chercher la cause.

Les exercices de Kegel peuvent aider certains hommes ayant des troubles de l'érection : un essai randomisé et une revue systématique vont dans ce sens. Mais les études sont peu nombreuses, souvent petites, et les participants étaient généralement encadrés par un professionnel. Ce n'est donc ni un remède universel, ni une piste à écarter.

Cet article fait le tri. Nous reprenons ce que chaque étude a mesuré, sur combien d'hommes, pendant combien de temps, et ce qu'elle ne permet pas de conclure. Pour la méthode elle-même, notre page exercices de Kegel pour homme présente l'entraînement pas à pas.

Pourquoi le plancher pelvien jouerait-il un rôle dans l'érection ?

L'idée n'est pas sortie de nulle part. Deux muscles du plancher pelvien, l'ischio-caverneux et le bulbo-spongieux, entourent la base du pénis. Pendant l'érection, ils se contractent et contribuent à maintenir la pression dans les corps érectiles.

Grace Dorey, kinésithérapeute britannique, est partie de cette observation. Son hypothèse : si ces muscles sont faibles, ils pourraient participer à certains troubles de l'érection, et les renforcer pourrait aider. Dans une revue des essais randomisés publiée en 2005, elle rapporte que des muscles du plancher pelvien faibles sont associés à des fuites urinaires et à des troubles érectiles, et que leur renforcement a amélioré la fonction érectile dans les essais retenus (Dorey, 2005).

Il faut garder la nuance en tête. L'érection dépend d'abord de la circulation sanguine, des nerfs, des hormones et de l'état psychologique. Les muscles ne sont qu'une pièce du puzzle.

L'essai de Dorey (2004) : que s'est-il passé exactement ?

C'est l'étude la plus citée sur le sujet. Elle a été menée dans un hôpital de Taunton, au Royaume-Uni, auprès de 55 hommes ayant des troubles de l'érection, recrutés dans une consultation d'urologie. Leur âge médian était de 59 ans, avec des participants de 22 à 78 ans (Dorey et al., 2004).

ÉlémentCe que dit l'étude
Type d'étudeEssai randomisé contrôlé
Participants55 hommes : 28 dans le groupe exercices, 27 dans le groupe témoin
Groupe exercicesExercices du plancher pelvien, biofeedback manométrique et conseils d'hygiène de vie
Groupe témoinConseils d'hygiène de vie seuls, puis passage aux exercices après 3 mois
ÉvaluationsAu départ, à 3 mois et à 6 mois, par un évaluateur qui ignorait le groupe
Mesure principaleScore de fonction érectile de l'IIEF, un questionnaire standardisé

À 3 mois, le groupe exercices avait un score de fonction érectile nettement meilleur que le groupe témoin. La force mesurée des muscles avait aussi augmenté. À 6 mois, les résultats s'étaient encore améliorés, et les hommes du groupe témoin passés aux exercices ont connu des progrès comparables.

40 %
des 55 hommes avaient retrouvé une fonction érectile normale à la fin de l'étude, 34,5 % s'étaient améliorés et 25,5 % n'avaient pas progressé.Essai randomisé de 55 hommes, encadrés par un kinésithérapeute (Dorey et al., 2004).

Un second article de la même équipe, paru en 2005, décrit le protocole : les exercices étaient enseignés par une kinésithérapeute, puis tous les hommes ont poursuivi des exercices à domicile pendant 3 mois supplémentaires. Les auteurs proposent d'envisager ces exercices en première intention chez les hommes qui cherchent une solution sur le long terme (Dorey et al., 2005).

Quelles sont les limites de cet essai ?

Les chiffres sont encourageants, mais ils ne disent pas tout. Plusieurs points invitent à la prudence :

  • Une petite étude. 55 participants, c'est peu pour tirer des conclusions générales.
  • Un encadrement professionnel. Les hommes étaient suivis par une kinésithérapeute, avec un appareil de biofeedback. On ne sait pas si un entraînement seul, à la maison, donne les mêmes résultats.
  • Plusieurs interventions à la fois. Exercices, biofeedback et conseils de mode de vie étaient combinés. Impossible de savoir ce qui revient à chaque élément.
  • Une comparaison limitée dans le temps. Le groupe témoin est passé aux exercices après 3 mois. Au-delà, il n'y a plus de groupe de comparaison.
  • Un seul centre. Les participants venaient d'une même consultation d'urologie, ce qui limite la portée des résultats.

Rien de tout cela n'annule l'étude. Mais un résultat obtenu sur 55 hommes accompagnés ne se transpose pas tel quel à chaque lecteur.

Que conclut la revue systématique de 2019 ?

Une revue systématique rassemble toutes les études publiées sur une question et évalue leur qualité. Celle de Myers et Smith, parue dans Physiotherapy, a retenu 10 essais sur les troubles de l'érection et l'éjaculation précoce (Myers et Smith, 2019).

Côté érection, tous les essais retenus montrent une amélioration avec l'entraînement du plancher pelvien. Les auteurs concluent que cet entraînement semble efficace. Ils ajoutent aussitôt deux réserves importantes.

D'abord, les études incluses sont de qualité méthodologique faible à modérée, avec des différences dans la façon de rapporter les résultats. Ensuite, les protocoles variaient beaucoup : durée, fréquence, intensité, présence ou non d'un thérapeute. Les données étaient trop hétérogènes pour être regroupées, et aucun protocole optimal n'a pu être identifié.

Et les revues plus récentes ?

En 2022, une revue narrative israélienne a examiné 37 publications sur la rééducation du plancher pelvien dans les troubles sexuels masculins, dont 5 essais randomisés (Yaacov et al., 2022). La plupart des études rapportent une amélioration lorsque le renforcement musculaire est associé à de la thérapie manuelle.

Les auteurs reconnaissent que leur revue, narrative et non systématique, comporte un risque de biais. Ils recommandent que les exercices soient suivis, et qu'on évite de renforcer des muscles déjà trop tendus. Ils appellent aussi à des travaux de meilleure qualité. Si vous ressentez des tensions ou des douleurs pelviennes, lisez notre article sur le Kegel inversé et le relâchement.

Comment résumer l'état des preuves ?

ÉtudeTypeCe qu'elle apportePrincipale limite
Dorey et al., 2004Essai randomisé, 55 hommesMeilleur score érectile à 3 mois que les conseils seulsPetite taille, encadrement professionnel
Dorey et al., 2005Même essai, protocole détailléExercices enseignés puis poursuivis à domicileMêmes participants, même centre
Myers et Smith, 2019Revue systématique, 10 essaisAmélioration dans tous les essais sur l'érectionQualité faible à modérée, pas de protocole optimal
Yaacov et al., 2022Revue narrative, 37 publicationsIntérêt d'une approche combinée et suivieRisque de biais reconnu par les auteurs

En résumé : les signaux sont positifs et cohérents, les études sont encore trop peu nombreuses et trop modestes pour parler de certitude. C'est une approche simple, sans médicament, qui peut avoir sa place à côté d'un suivi médical.

Que peut-on en tirer pour s'entraîner ?

Les études ne donnent pas de recette unique. Elles partagent cependant quelques points communs, utiles pour qui veut essayer :

  1. 1
    Faire vérifier la cause

    Un trouble de l'érection a souvent plusieurs causes. Un rendez-vous chez votre médecin permet de faire le point avant de commencer.

  2. 2
    Apprendre la bonne contraction

    Dans l'essai de Dorey, une kinésithérapeute enseignait les exercices. Seul, commencez par bien repérer le muscle avec notre guide pour trouver le muscle PC.

  3. 3
    Contracter puis relâcher

    Une contraction contrôlée, sans serrer les fesses ni bloquer la respiration, suivie d'un relâchement complet.

  4. 4
    Être régulier

    Les participants ont pratiqué sur plusieurs mois, avec des exercices quotidiens à domicile. La régularité compte plus que l'intensité.

  5. 5
    Agir aussi sur le mode de vie

    Les deux groupes de l'essai recevaient des conseils d'hygiène de vie. Activité physique, tabac et alcool font partie du tableau.

Bon à savoir
Quand consulter : un trouble de l'érection qui dure mérite un avis médical. Il peut être lié à un problème de santé général, notamment cardiovasculaire, à un traitement ou à un déséquilibre hormonal. Consultez aussi en cas de douleur pendant les exercices, de sang dans les urines ou de changement brutal. Un kinésithérapeute formé à la rééducation périnéale peut vérifier votre contraction. Les résultats varient d'une personne à l'autre.

Pour savoir combien de temps les participants se sont entraînés avant les évaluations, et ce que cela signifie pour vous, lisez combien de temps pour voir les résultats des exercices de Kegel.

Des signaux positifs et cohérents, mais des études encore trop modestes pour parler de certitude.

Questions fréquentes

Les exercices de Kegel améliorent-ils l'érection ?

Certaines études le suggèrent. Dans un essai randomisé de 55 hommes, le groupe qui pratiquait des exercices du plancher pelvien avec biofeedback avait un meilleur score de fonction érectile à 3 mois. Une revue de 2019 juge toutefois les études de qualité faible à modérée.

Quelle est l'étude la plus connue sur Kegel et érection ?

L'essai de Grace Dorey publié en 2004 dans le British Journal of General Practice, mené auprès de 55 hommes suivis par une kinésithérapeute pendant 6 mois.

Les résultats valent-ils pour tous les hommes ?

Non. Dans l'essai de Dorey, environ un quart des participants n'a pas progressé. Les résultats varient selon la cause du trouble, l'âge et la régularité de l'entraînement.

Faut-il être suivi par un kinésithérapeute ?

Les études citées reposaient sur un encadrement professionnel. On ne sait pas si un entraînement seul donne les mêmes effets. Un kinésithérapeute peut vérifier que vous contractez le bon muscle.

Les exercices remplacent-ils une consultation ?

Non. Un trouble de l'érection peut signaler un problème de santé à traiter, notamment cardiovasculaire. Parlez-en à votre médecin, les exercices peuvent ensuite compléter le suivi.

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La rédaction Méthode PC7

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