Le Kegel inversé : apprendre à relâcher le périnée
On parle beaucoup de muscler le plancher pelvien, beaucoup moins de le détendre. Pourtant, chez certains hommes, c'est la détente qui manque.

- Le Kegel inversé (reverse Kegel) consiste à relâcher et laisser descendre doucement le plancher pelvien, à l'inverse d'une contraction.
- Il ne s'agit pas de pousser : le mouvement est léger, guidé par la respiration.
- Il peut intéresser les hommes qui sentent une tension permanente dans le bassin ou qui ont du mal à relâcher après une contraction.
- Les preuves restent limitées : une grande revue a trouvé peu d'études solides sur l'excès de tension du plancher pelvien, et très peu chez l'homme.
- Une douleur pelvienne justifie un avis médical avant tout exercice.
Le Kegel inversé, ou reverse Kegel, est un exercice de relâchement du plancher pelvien : au lieu de serrer et de remonter le périnée, on apprend à le laisser descendre et s'ouvrir doucement, en général pendant l'inspiration. Il s'adresse surtout aux hommes dont les muscles du bassin restent tendus en permanence, ou qui ont du mal à revenir au repos après une contraction. Ce n'est pas une poussée, et ce n'est pas un remplacement automatique des exercices classiques.
Si vous débutez avec le plancher pelvien, la page exercices de Kegel pour homme présente la méthode complète. Cet article se concentre sur l'autre moitié du geste, celle qu'on oublie souvent : la détente.
Un plancher pelvien peut-il être trop tendu ?
Oui, c'est en tout cas une idée répandue chez les spécialistes de la rééducation. Un muscle sain sait se contracter, mais il sait aussi se relâcher complètement. Quand il reste un peu serré en continu, on parle souvent de plancher pelvien « hypertonique » ou « hyperactif ».
Il faut toutefois être prudent avec ce vocabulaire. Une revue systématique publiée en 2023 a rassemblé 151 études sur l'augmentation du tonus des muscles du plancher pelvien dans différents problèmes de santé (Worman et al., 2023). Ses conclusions sont nuancées. La plupart des études étaient transversales, peu comparaient avec un groupe de personnes en bonne santé, et la grande majorité utilisaient des méthodes de mesure non validées ou appliquées de façon discutable. Parmi les rares mesures jugées convaincantes, une partie montrait un tonus plus élevé, toujours dans des situations de douleur, et l'autre partie ne montrait pas de différence. Les auteurs notent aussi que les hommes ont été très peu étudiés.
En clair : la notion de plancher pelvien trop tendu est plausible et utilisée en pratique, mais elle est moins bien démontrée qu'on ne le lit souvent. Cela n'empêche pas d'apprendre à relâcher. Cela invite seulement à ne pas tout expliquer par là.
Quels signes peuvent évoquer un manque de relâchement ?
Aucun de ces signes ne suffit à poser un diagnostic. Ils peuvent avoir bien d'autres causes, d'où l'intérêt d'en parler à un médecin s'ils durent.
- Une sensation de crispation ou de lourdeur au périnée, surtout après une journée assise ou après des exercices.
- Du mal à « lâcher » le muscle après une contraction de Kegel : vous ne sentez pas bien la différence entre serré et détendu.
- Un jet d'urine qui démarre difficilement ou qui paraît faible.
- Une gêne ou une douleur dans le bassin, le bas-ventre ou la zone entre les testicules et l'anus.
- L'habitude de serrer les fesses ou le ventre sans y penser, en situation de stress.
Une revue parue dans Sexual Medicine Reviews décrit une relation étroite entre le plancher pelvien, la fonction sexuelle masculine et le syndrome de douleur pelvienne chronique, et plaide pour une prise en charge qui associe kinésithérapie pelvienne, médecine et dimension psychologique (Cohen et al., 2016). C'est une revue narrative : elle propose un cadre, pas une preuve chiffrée.
Comment faire un Kegel inversé, pas à pas ?
Le geste est subtil. Prenez votre temps, et ne cherchez surtout pas à forcer. Si vous ne sentez rien au début, c'est normal.
- 1Installez-vous confortablement
Allongé sur le dos, genoux pliés et écartés, ou assis au bord d'une chaise, pieds à plat. Les épaules et la mâchoire sont détendues.
- 2Respirez par le ventre
Posez une main sur le ventre. Inspirez lentement par le nez : le ventre se gonfle, les côtes s'écartent un peu sur les côtés.
- 3Laissez descendre le périnée
Pendant l'inspiration, imaginez que la zone entre les testicules et l'anus s'élargit et descend légèrement, comme un ballon qui se remplit. C'est un relâchement, pas une poussée.
- 4Revenez au neutre en expirant
Expirez lentement par la bouche. Le périnée remonte tout seul à sa position de repos, sans que vous le serriez.
- 5Répétez quelques cycles
Cinq à dix respirations suffisent. Si vous sentez une tension augmenter ou une douleur, arrêtez.
Un repère simple : la sensation ressemble au tout début de la miction, quand on « laisse aller », sans l'effort d'une poussée. Si vous bloquez votre souffle ou si votre ventre se durcit, c'est que vous poussez. Recommencez plus doucement.
Le minuteur ci-dessus sert ici d'aide à la respiration : quatre secondes d'inspiration avec relâchement, six secondes d'expiration. La respiration joue un rôle central dans ce geste ; nous y consacrons un article sur la respiration et le plancher pelvien.
Kegel classique ou Kegel inversé : lequel choisir ?
Les deux ne s'opposent pas. Un plancher pelvien en bonne forme sait se contracter et se relâcher. Le tableau ci-dessous résume les différences.
| Kegel classique | Kegel inversé | |
|---|---|---|
| Mouvement | Serrer, remonter vers l'intérieur | Relâcher, laisser descendre doucement |
| Respiration | Contraction en respirant normalement | Relâchement pendant l'inspiration |
| Intérêt possible | Muscles faibles, fuites, gouttes, contrôle | Tension, difficulté à relâcher, gêne pelvienne |
| Erreur fréquente | Serrer les fesses ou le ventre | Pousser fort au lieu de relâcher |
| Niveau de preuve | Essais randomisés chez l'homme, souvent petits | Peu d'études dédiées, surtout de la pratique clinique |
Une revue pratique sur l'entraînement du plancher pelvien chez l'homme cite, parmi les situations concernées, les douleurs pelviennes liées à un spasme du muscle releveur de l'anus (Siegel, 2014). Dans ce cas, renforcer à tout prix n'est pas forcément la bonne idée. C'est pourquoi, si vous avez des douleurs, l'avis d'un professionnel passe avant tout programme.
Peut-on combiner les deux dans la même séance ?
Oui, et c'est souvent ce que proposent les kinésithérapeutes. Après chaque contraction classique, un vrai temps de relâchement, puis quelques respirations de Kegel inversé en fin de séance. Le contraste entre les deux aide le cerveau à mieux sentir la zone.
Si vous avez encore du mal à identifier le muscle, revenez d'abord aux repères de notre guide pour trouver le muscle PC. Et si vous serrez souvent sans relâcher, vous reconnaîtrez sûrement l'une des erreurs fréquentes des exercices de Kegel.
Quelles précautions prendre ?
- Pas de poussée forte. Pousser comme pour aller à la selle augmente la pression dans le bassin. Le Kegel inversé est un relâchement léger.
- Pas de douleur. Une gêne qui augmente pendant l'exercice est un signal d'arrêt.
- Pas d'autodiagnostic. Les signes de tension ressemblent à ceux d'autres problèmes, urinaires ou prostatiques, qui demandent un examen.
Un muscle en bonne santé ne sait pas seulement serrer. Il sait aussi lâcher.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Kegel inversé chez l'homme ?
C'est un exercice de relâchement du plancher pelvien : au lieu de serrer, on laisse le périnée descendre doucement, en général pendant l'inspiration. Ce n'est pas une poussée.
À qui s'adresse le reverse Kegel ?
Surtout aux hommes qui sentent une tension permanente dans le bassin ou qui ont du mal à relâcher après une contraction. En cas de douleur, un avis médical passe en premier.
Le Kegel inversé remplace-t-il les exercices classiques ?
Non. Les deux sont complémentaires : un plancher pelvien en forme sait se contracter et se relâcher. Beaucoup de séances associent les deux.
Les études prouvent-elles qu'un plancher pelvien trop tendu existe ?
Les preuves restent limitées. Une revue systématique de 151 études a trouvé peu de mesures convaincantes d'un tonus augmenté, toutes dans des situations de douleur, et très peu d'études chez l'homme.
Comment savoir si je pousse au lieu de relâcher ?
Si vous bloquez votre souffle, si le ventre se durcit ou si vous sentez un effort, vous poussez. Le relâchement est léger et suit la respiration.
Quand faut-il consulter ?
En cas de douleur pelvienne ou testiculaire persistante, de brûlures urinaires, de fièvre, de sang dans les urines ou le sperme, ou de difficulté à uriner.
Contracter, relâcher : trouvez votre équilibre.
Répondez à quelques questions sur vos sensations et votre point de départ, et recevez un plan qui laisse sa place au relâchement. Les résultats varient d'une personne à l'autre.
Recevoir mon plan en 1 minute Gratuit et sans inscription- Worman RS et al. Evidence for increased tone or overactivity of pelvic floor muscles in pelvic health conditions: a systematic review. Am J Obstet Gynecol, 2023
- Cohen D et al. The Role of Pelvic Floor Muscles in Male Sexual Dysfunction and Pelvic Pain. Sex Med Rev, 2016
- Siegel AL. Pelvic floor muscle training in males: practical applications. Urology, 2014


